• Victorian Dreams

    Voici une battle d'écriture à laquelle je participe actuellement! 

    L'histoire se passe en Angleterre, à l'époque victorienne. 

     

    Les personnages 

    - La Reine Victoria

    - Une jeune fille pauvre

    - Un jeune prêtre anglican

    - Un vieil homme alerte

     

    L'objectif de fin est de placer cette phrase: " Emma Wilson allait enfin réaliser son rêve le plus cher: sortir de la misère qui avait terni son enfance et enfin se venger de tous ceux qui l'avaient maltraitée" 


  • Les éléments que je devais placer dans le texte étaient:

    lieu: Londres
    objet: une fourchette en or incrustée de diamants
    personnage: Emma Wilson
    animal: une poule rousse


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  • Mots à placer: 

    - un portrait

    - un quartier pauvre de Londres

    - Duncan Wilson

    - une souris



    Chapitre Premier

     

    Au fil des semaine, les invitations à goûter à Buckingham furent nombreuses, si bien que les Wilson devaient parfois s’y rendre plusieurs fois dans le mois. La Reine Victoria semblait apprécier avoir leur compagnie pour le thé, et madame Wilson n’avait de cesse de vanter les mérites que de telles fréquentations auraient sur leur fille. En effet, Emma, bien que très intimidée, prenait plaisir à ces visites au palais. Toutes ces belles choses qu’elle y voyait! Buckingham semblait n’être construit que de marbre, d’or et de pierres précieuses. A l’inverse de son père, qui ne pouvait faire autrement que de se montrer hautain et imbu de lui-même, Emma avait la naïveté de ceux qui s‘émerveillent de tout. Même dans ses rêves les plus aboutis, jamais encore elle n’avait imaginé tant de splendeurs, réunis en un seul lieu. 

    Il lui était déjà arrivé de croiser d’autres dames de compagnie -puisque c’est ce qu’elle semblait être devenue à son insu- dans les couloirs du palais. Richement vêtues, toujours impeccablement coiffées, elles étaient la distinction à l’état pur, et la jeune fille enviait leur élégance. Si son père avait les moyens de payer certaines de ces étoffes si rares et si couteuses, ni Emma, ni sa mère, ni leur femme de chambre n’avaient les connaissances requises pour en faire une robe « à la mode ». Tout ce qui entourait Emma était nouveau, et les rares instants où elle n’était pas transportée de joie, l’inquiétude la prenait de se ridiculiser en public, ou de perdre pied à un moment donné. Pour cette raison, elle ne prenait pas souvent la peine de parler, et préférait admirer les sublimes atours qui évoluaient à ses côtés. 

    Les autres dames ne lui adressaient pas la parole, horrifiées à l’idée qu’une jeune-fille de si basse condition fusse admise à la cour. Jalouses, mauvaises, elles ignoraient Emma avec tout le dédain du monde, et faisaient preuve d’une mauvaise foi particulièrement développée. La Reine Victoria était quelques fois obligée de faire taire les vilaines paroles qui bruissaient dans son entourage, non sans se départir de son équité habituelle. 

    « Je considère monsieur et madame Wilson comme faisant partie de mes amis, je ne tolèrerai donc pas que mes dames de compagnie les dénigrent uniquement en raison de leur place dans la société. Faites preuve de tout le respect dont vous êtes capable, mesdames, et ne vous abaissez pas à haïr une inconnue. »

     

    Malgré ces recommandations, Emma subissait toujours les petites réflexions désagréables que lui faisaient les autres dames de la cour. Critiquant ses atours, dénigrant sa façon de se coiffer, riant à chaque fois qu’elle prenait la parole, soit disant son parler était digne d’une paysanne -ce qui évidemment, était faux, Emma ayant reçu une très bonne éducation de la petite bourgeoisie-, ces femmes semblaient des serpents prêts à mordre. Profitant de l’absence de la Reine et de l’intimité offerte par un quelconque salon, ces vautours, non, ces vipères, accusaient Emma de plus de tort que d’ordinaire. Ces éclats de méchanceté gratuite venant tout droit de leurs cœurs desséchés par la jalousie les faisaient paraître bien plus vulgaires et disgracieuses qu’elles n’en accusaient Emma, mais elles était trop haineuse pour le voir.

    Alors que le soleil terminait d’éclairer un des petits salons, où ces dames prenaient le thé, les craintes d’Emma se concrétisèrent. Voulant admirer un portrait, accroché à l’autre bout de la pièce, pour s’éloigner du groupe, elle se prit les pieds dans un pli de l’épais tapis qui recouvrait le sol. Se redressant prestement, elle pria sincèrement pour que les autres ne l’aient pas vue trébucher de la sorte, d’une si vilaine façon dénuée de grâce. Cependant, son vœu ne fut pas exaucé, et une femme, une de celles qui prenaient un plaisir particulier à ridiculiser Emma, ne tarda pas à se moquer.

    - Et bien mes chères, il semblerait que la petite paysanne ne sache même plus marcher. 

    Emma sentit ses joues s’empourprer, et elle détourna le visage, horrifiée. 

    - Son père n’est peut-être pas suffisamment riche pour lui payer des chaussures convenables…

    - Regardez ses sabots! Si laids et grossiers!

    - Je n’ose même pas imaginer l’état de ses pieds…

    - Allons, mon amie! Vous ne croyez tout de même pas qu’elle porte des sabots uniquement par manque de moyens ? Ses pieds sont trop gros pour entrer dans des souliers, voilà tout! 

    Emma, sentant lui venir les larmes aux yeux, fit quelques pas brouillés en direction de la porte, guidée par l’instinct qui la poussait à s’éloigner du danger. Les vipères n’ont jamais été de bons animaux de compagnie…

    Malheureusement, ces pas maladroits ne firent qu’amplifier l’éclat des dames:

    - Regardez! Où as-tu appris à marcher, souillon ? Et ce dos courbé! Et cette nuque affaissée… eh! Mais ne pars pas, petite, reste donc avec nous, nous nous amusons tant! Ajouta l’une d’entre elles tandis qu’Emma, oubliant toute retenue, couru vers la porte. 

    Sans s’arrêter, elle sortit du salon, parcouru le couloir sans ralentir, aveuglée par les larmes de honte qui souillaient son visage. Ainsi, elle ne vit pas les domestiques du palais la regarder fuir d’une façon si incorrecte, et ce fut tant mieux, car elle n’aurait pu supporter une autre humiliation. 

    Bientôt, elle fut sortie du palais, puis rendue devant une voiture dans le parc. Les deux chevaux attelés piaffèrent en la voyant arriver si vite, et le voiturier ne put s’empêcher d’hausser un sourcil. 

    - Miss ?…

    - Knightsbridge, fit Emma en essuyant ses larmes.

    Le voiturier fit claquer ses rênes, et la voiture s’ébranla.

    Assise sur la banquette, Emma se torturait les mains. Qu’allaient dire ses parents, en apprenant la façon dont elle s’était conduite ? Et la Reine ? A cette idée, son souffle s’accéléra, elle pria de nouveau pour que tout ceci ne s’ébruite pas. Si sa mère demandait où elle était passée, elle lui répondrait qu’elle s’était sentie mal, et avait préféré rentrer.

    Mais la jeune-fille, ressassant encore les paroles méchantes pour rien des autres dames de compagnie, savait bien que celles-ci ne seraient que trop contente de pouvoir l’humilier encore.

    «  Mais non! Pensa Emma avec soulagement. Si elles racontent ce qui s’est passé, elles devront également conter leur mauvaises paroles à mon encontre, et la Reine les grondera. »

    Fatiguée par tout cela Emma sentit ses yeux se fermer, et s’autorisa à somnoler sur le chemin du retour. Les petites attentions chaleureuses de ses domestiques l‘attiraient inexorablement, et elle avait hâte de rentrer. Lorsque le crissement des roues la tira de sa torpeur, elle descendit de la voiture et tendit quelques shilling au voiturier. 

    Alors qu’elle s’apprêtait à parcourir la rue jusqu’à sa maison, elle sentit une présence dans son dos, et jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. 

    De par la ville, on racontait que des hommes vêtus de noir, d’allure austère et inquiétante, comme des précepteurs qui ne souriraient jamais, parcouraient les rues et enlevaient certaines personnes aisées, que l’on ne revoyait plus. Bien sûr, ce n’étaient que des racontars, des histoires qui se transmettaient en buvant le thé; mais Emma était trop chamboulée et distraite à cause de ce qui venait de se passer à Buckingham, pour se faire la réflexion que cet homme, derrière elle,  et qui semblait la suivre, faisait certainement autre chose que simplement se promener dans une jolie rue. 

    Cependant, lorsqu’elle s’arrêta pour ajuster son chapeau, devant la vitrine d’une boutique de soie, elle ne put ignorer ce passant. Au moment où elle s’était arrêté, l’homme avait bifurqué dans une ruelle. Et quand Emma voulut poursuivre son chemin, elle l’aperçu de nouveau, de nouveau sur ses talons. 

    Pour assurer son hypothèse, elle changea de trottoir, et l’homme fit de même. Sentant son cœur s’accélérer, Emma pressa le pas. Hormis elle et cet homme au visage baissé, la rue était déserte. Sa maison se trouvait seulement à quelques mètres au-devant… la jeune-fille sentit son cœur se glacer en découvrant un second homme habillé de noir, entre elle et sa maison. S’engouffrant dans une rue perpendiculaire à celle-ci, Emma se mit à trottiner, jetant fréquemment des regards par-dessus son épaule. Elle courrait, à présent, car un homme l’avait suivie. Trop effrayée pour se demander où était passé le second, elle bifurqua à nouveau dans une autre rue, bien que celle-ci fut étroite et sombre. Elle parcouru ainsi une distance considérable, jusqu’à se retrouver dans les quartiers mal famés, et se crut sauvée lorsqu’elle ne vit plus personne derrière elle. Ce fut seulement à cet instant, quand elle s’arrêta contre un mur en briques, qu’elle put observer où elle se trouvait. Jamais de sa vie elle n’était venue dans cet endroit, elle en était sûr. Les murs, sales et décrépis, laissent voir les briques qui les constituaient, et le ciel était d‘un vilain noir pollué. En comprenant qu’elle était seule, passablement perdue, et ce dans un quartier pauvre de Londres, probablement peu éloigné du port, car des relents de poisson lui soulevaient le cœur, la jeune-fille eut un frisson de terreur. Haletante, Emma s’obligea au courage: aurait-ce été de cette manière que son ancêtre, Duncan Wilson, se serait conduit, alors que les indiens le pourchassaient, aux Amériques ? 

    «  Non, de toutes les façons, celle-ci est la plus irréfléchie, » se morigéna la jeune-fille. Se pressant au calme, elle inspira un grand coup puis se pencha pour jeter un œil de l’autre côté du mur. La rue qu’elle venait d’emprunter était déserte, ce qui la rassura. Lorsqu’elle voulu se retourner, une main s’abattit sur son épaule. Ce qu’elle vit tout d’abord n’était qu’un visage, noir, sale, avec un gouffre d’où saillaient des dents d’un jaune douteux. Le visage était encadré par de larges épaules, sur laquelle se tenait une souris dont les petits yeux semblaient briller d’un éclat méchant. 

    Un long hurlement s’échappa de la gorge d’Emma au moment ou la seconde main de son agresseur portait un mouchoir à son visage. Rapidement, sa vue se brouilla tandis qu‘une odeur âpre ensorcelait ses sens, elle tituba avant que ses yeux ne se ferment totalement et que son esprit devienne noir, comme le gouffre béant qui lui souriait.

     


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