• Episode Quatre

    Le Dojo de Trébonnebeuh

    Episode Quatrième

     

    Au fil des jours, la compagnie hétéroclyte enchaîna escalier sur escalier. Ils étaient rendus au neuvième pallier *Wahou elle avance beaucoup l'épopée là, pas vrai Michelle ? Humpf, désolé.* et s'entendaient à merveille. Ils avaient peu à peu appris à se connaître, et le tutoiement était à présent de mise pour tout le monde. L'Elfe s'adressait toujours avec un semblant de prudence envers l'Ensorceleuse en évitant d'appeler Superman 'Susucre' devant elle,et Supernana téloignait à celle-ci un respect sans faille. 

     

    Superman avait gardé le rôle de chef, même s'il ne prenait aucune décision, il avait le physique de l'emploi. Il était content. 

    Petit s'était finalement fait une place au sein du groupe, et les autres voyaient maintenant en lui une source potable d'intelligence -au cas où l'Elfe viendrait subitement à décéder- et de débrouillardise. Il était très ami avec Ange, et jouait parfois aux mikados avec Supernana.

    Bobo l'Ourou-Khaï n'effrayait plus personne, sauf lorsqu'il était en colère. On avait découvert en lui un fin gourmet, et les petits plats du lilliputien ne suffisaient plus à combler le gouffre qui lui tenait lieu d'estomac. Nulle tarte à la framboise, roulé au chocolat ou cake aux baies ne survivaient dans son entourage. 

    La Barbare...la Barbare n'avait pas changé. 

     

    Un jour, alors qu'ils cherchaient un monstre à zigouiller pour gagner de l'expérience -la hâche de la Barbare avait jouer un rôle important dans cette décision- ils entendirent un bruit commun. 

    Bibi la Brûte exprima tout haut ce qu'ils pensaient tous tout bas:

    - Tiens, y'a un type bourré dans le coin.

    En effet, un inconnu de petite taille, court sur pattes, trapu, à la barbe broussailleuse et aux cheveux longs et épais s'avança bientôt vers eux. Il tenait une gourde qui ne contenait manifestement pas de l'eau. La lumière dorée de l'auréole d'Ange éclairait ses yeux d'un reflet vitreux et glauque, plutôt peu appétissant. 

    Heureusement, ils venaient juste de manger.

    - Yo, grogna l'inconnu en se grattant le menton. Qu'equ'vous faites dans ma grotte, vous z'autres ?

    - Mon bon ami, commença l'Elfe, nous sommes à la recherche de...

    - Qu'est'squ'ça peut lui faire ? fit la Barbare au même moment. 

    Le regard du nain passa de l'un à l'autre, hésitant manifestement à choisir l'intello coincé ou la tarée sanguinaire. Coupant la poire en deux, il se tourna vers Superman.

    - Vous zêtes pas du coin, vous. 

    On n'avait pas l'habitude de voir des gens portant leur slip par-dessus des collants bleu électrique, dans la région.

    Le chef lui expliqua la situation, et le nain hocha la tête, sans pour autant leur céder le passage. 

    - On m'appelle Rudolphe. Rudolphe le nain au nez rouge. Hips.

    L'alcool avait rendu son pif d'une délicate teinte violacée, et les boutons qui ornaient le reste du visage saillaient sous sa peau rougie. C'était vraiment un nain très, très laid, songea Petit en le dévisageant de ses grands yeux innocents. 

    - Enchanté, Rudolphe. Je suis Superman, voici ma soeur Supernana...

    - Elle a l'air d'une gamine qui cause des tas d'emmerdes Hips.

    - ...lui, c'est l'Elfe, lui c'est Bobo, un Ourou-Khaï, vous-en faites pas il est gentil...

    - Grosse bestiole, approuva Rudolphe.

    - ...voici son amie la Barbare, Bibi...

    - C'est une jolie hâche que vous avez là, dites voir, fit le nain en connaisseur. Il portait lui-même une hâche de guerre à la ceinture, qui retenait son gros ventre gras.

    - ...Ange, notre Ensorceleuse atitrée...

    Le nain se contenta d'un coup d'oeil appréciateur en lorgnant les courbes généreuses de la jeune femme. 

    - ...et Petit, le lilliputien.

    - LILLIPUTIEN!

    Les autres sursautèrent, dévisagent Rudolphe, qui fixait Petit avec une haine sanguinaire dans le regard. 

    Celui-ci soupira et expliqua, l'air triste:

    - Les nains vouent une haine farouche envers les lilliputiens, depuis la nuit des temps.

    - Ah oui, c'est vrai, j'avais oublié, marmonna Superman en se grattant la tête. 

    - Vous pass'rez pas! affirma le nain. Rien que pour faire chier cette tapette, j'vous interdit l'passage! J'suis l'gardien d'ces hauts lieux, oui môssieur, et si Rudolphe dit que vous pass'rez pas, c'est que vous pass'rez pas!

    Il y a de cela un petit millier d'années, les nains et les lilliputiens étaient deux nations très liées, probablement en raison de leur petite taille. Mais les nains étant très bagarreur, et amateurs d'alcools forts, il était rare de ne pas les voir déclarer la guerre à un peuple vivant allentours de leur région minière. Un jour, Ragnarock IIe, Roi des Nains à l'époque, devait s'ennuyer, et avait décidé d'assassiner la fille de l'Empereur des Barbares, pour pouvoir jouer à la gueguerre.

    Ces pratiques étaient courrantes, seulement Ragnarock n'avait pas pris en compte le fait que le peuple Barbare était l'un des plus sanguinaires. Les nains se faisaient lamentablement laminer, et Ragnarock décida d'appeler à l'aide leurs cousins, le peuple des Lilliputiens. Ce qui était déjà horriblement humiliant, pour un nain.

    Malheureusement pour lui, les lilliputiens refusèrent d'envoyer des forces armées.

    Ayant très mal pris ce lâche abandon d'un peuple allié et ami, Ragnarock interdit aux nains d'adresser la parole aux lilliputiens. Ce qu'ils firent avec une farouche obstination. Depuis ce jour, les nains ont très très envie de zigouiller leurs cousins lilliputiens.

    - Mon peuple est un peuple neutre, soupira Petit. La guerre n'a aucun sens pour nous, nous l'avons bannie de notre pays depuis des siècles déjà. Notre mode de vie n'est pas si différent de celui des Elfes, en fin de compte.

    Le représentant de la race énoncée recula d'un pas en arrière devant le regard assassin de Rudolphe. 

    - Mais moi, je n'aurais pas laissé tomber des potes, s'empressa-t-il d'annoncer. 

    Petit secoua sa petite tête d'un air désolé, regardant Rudolphe avec tristesse. 

    Les nains étaient des créatures instables, mais fidèles, et il était dommage que son peuple ait perdue leur amitié. Surtout qu'ils faisaient de supers omelettes avec les champignons qui poussaient dans leurs grottes.

    - Et moi alors, grogna la Barbare. Tu crois que je t'en veux pas d'avoir buté la fille de mon ancêtre ?

    La nain eut un ricanement sarcastique, entrecoupé de hoquets.

    - Les Barbares n'ont pas assez de mémoire pour se souvenir de vouer une haine sans répit à quelqu'un. Ils butent les gens quand ceux-ci leur bloquent le passage, et voila tout.

    - Gmmmm hin hin hin, ricana à son tour la Bête en montrant Bibi du doigt.

    - Ta gueule, toi, ronchonna celle-ci en baissant les yeux. 

    On supplia le nain de les laisser passer, mais celui-ci refusait le simple fait d'en parler. Il tournait un dos obstiné à Petit, et ne semblait pas près de céder. 

    Néanmoins, sa détermination flancha quand l'Elfe lui expliqua que s'ils trouvaient la Beuh Sacrée, ils pourraient la revendre et se partager les revenus. L'oeil vitreux de Rudolphe s'illumina d'un intérêt nouveau.

    - Hé, ça doit se revendre cher, ça. 

    - Oh oui, très cher, approuva l'Elfe en hochant la tête.

    - Très très cher, continua l'Ensorceleuse en papillonnant des cils.

    Le nain grommela un moment dans son épaisse barbe fournie, et finit par accepter.

    - C'est d'accord,  vous pouvez passer. A une condition.

    Ils le regardèrent tous, un mélange d'espoir et d'inquiétude plaqué au visage.

    - Je viens avec vous.

    Après un bref concilliabule, le groupe finit par accepter lui aussi le compromis exigé. La Barbare ne put s'empêcher de grommeler que ça ferait moins de pièces d'or pour eux, et son exaspération monta d'un cran lorsque le nain leur avoua qu'il ne vivait pas seul.

    - On va pas se trimballer une madame nain! 

    Rudolphe lui expliqua que c'était une naine particulière.Il s'agissait en réalité de sa soeur. Rêvant de se marier depuis la naissance, elle avait un jour trouvé une alliance en or dans un marais. Au moment où elle l'avait passé à son doigt, le bijoux s'était emparé de son esprit, et la jeune naine n'avait plus jamais été la même. Et impossible de le lui ôter des mains. 

    Circonspect, le groupe demanda à voir cette jeune personne avant de prendre une décision.

    Rudolphe siffla, et une forme sortit de l'ombre. 

    De naine elle n'avait plus grand chose. Son corps était maigre, d'une pâleur cadavérique, si bien que sa peau prenait des reflets verdâtres de ci de là. 

    Ses côtes saillaient sous sa tunique sale, tout comme sa colonne vertébrale. Ses jambes qui n'avaient que la peau sur les os avaient du mal à soutenir son corps. 

    Son visage était effrayant. Ses yeux étaient immenses, clairs, vitreux, et une couche de brouillard donnait l'impressions qu'ils ne possédaient pas d'iris, ni de pupilles. 

    La seule marque de vie sur ce visage austère, c'étaient ses épais cheveux bouclés, bruns, qui encadraient sa pâle figure et cascadaient dans son dos. 

    Il se dégageait d'elle un aspect reptilien, malsain.

    La créature marmonnait des choses qu'elle seule ne pouvait entendre. On aurait dit qu'elle parlait à l'alliance qu'elle tenait amoureusement dans ses mains longues et osseuses.

    Les compagnons ne purent s'empêcher de détourner les yeux, dégoutés, ou effrayés. 

    - Elle s'appelle Gogotte, fit Rudolphe comme si de rien n'était. Viens ma fille, viens, ajouta-t-il à l'intention de la chose.

    La chose qui avait été une naine s'approcha de son frère sans le regarder, fixant toujours le bijoux avec adoration.

    - Mon chériiii couinait-elle de sa petite voix suraigûe, comme si elle sifflait. Mon chériiii, mooon chériii...

    - Humpf, voila, fit Rudolphe. 

    Les autres échangèrent un regard angoissé. 

    - C'est pire qu'une madame nain! grogna la Barbare. 

    - On a pas le choix, justifia l'Elfe. Si nous ne les prenons pas tous les deux, ce nain va nous bloquer le passage. Et il a une hâche.

    - Il n'est pas le seul à avoir une hâche, déclara la Barbare en prenant la sienne à deux mains, d'un geste évoquateur.

    - Ce n'est peut-être pas si terrible que ça, murmura Petit sans y croire. Je me disais justement qu' il manquait une handicapée autiste à notre groupe. 

    - La pauvre petite, intervint Ange, les yeux ambués. Elle n'a vraiment pas eu de chance. C'est le rêve de toute jeune fille de se marier, après tout.

    - Toute jeune fille, hein ? grinça la Barbare en plissant les yeux.

    - Oui, enfin toute jeune fille normalement constituée. 

    Après un bref débat, il fut finalement décidé qu'on accepterait Rudolphe et sa soeur. En période d'essai. Mais ça, ils ne le dirent pas. 

    A peine dix minutes plus tard, tandis qu'ils arpentaient une gallerie à la recherche d'un escalier -que Rudolphe leur avait gentiment indiqué- ils comprirent que ça n'allait pas être de la tarte.

    Gogotte venait de se jeter sur Petit et fouillait ses cheveux (probablement à la recherche de poux, comme les guenons), couvrant ses joues de bisous humides et puants.

    - Mari, mari, mari, mariii ? ne cessait-elle de répéter.

    - Je m'appelle pas Marie, je m'appelle Petit! s'écriait celui-ci en tentant vainement de repousser la créature, qui s'aggripait à sa tunique avec l'énergie du désespoir.

    - Gogotte, ici! gueula Rudolphe avec autorité. 

    - M-mais elle est folle! pleurnicha Petit, fort traumatisé. Aucune femme, même déformée, ne s'était jamais jetée sur lui avec autant de...fougue. Ce n'était pas si désagréable, mais il refusait de passer pour un pervers devant l'Ensorceleuse.

    - D's'lé , grogna le nain. J'vois vraiment pas c'qu'elle trouve à un lilliputien, en plus.

    - Hein ?!

    - Gogotte est un peu...perturbée. L'alliance la pousse à se trouver un mari par tous les moyens. Un jour, je l'ai trouvée en mini-jupe, rouge à lèvres de pute, mascara, la totale. Elle s'était même lavé les pieds.

    - OMG! s'écria Supernana.

    Petit fixait Gogotte avec terreur. Ce n'était pas lui l'obsédé, c'était elle!

    Elle s'approcha timidement de lui, et tendit sa petite menotte osseuse, et Petit vit briller l'alliance maléfique à son annuaire. Un frisson lui descendit le long de l'échine quand elle demanda:

    - Mari ?

    - N-non, pas mari. (Il jeta un coup d'oeil alentours, et ajouta, en regardant Superman du coin de l'oeil:) Mais lui, mari. 

    Gogotte fila aussitôt, et les cris de leur chef résonnèrent bientôt dans la gallerie. 

    Petit se dit que, finalement, cette petite créature n'était pas si dérangeante que ça. 

    Une ou deux heures de tatonnage plus tard -l'auréole de l'Ensorceleuse s'était subitement éteinte, et celle-ci avait expliqué d'un air grognon que ses points de magie étaient épuisés. Elle supportait mal qu'une nouvelle personne tente de se taper Superman par tous les moyens.- ils arrivèrent au pied d'une porte. 

    Il y avait un écriteau d'accroché avec un clou, que l'Elfe aurait aisément pu déchiffrer, s'il n'avait été suspendu à plus de deux mètres du sol. Ainsi, il fut obligé de grimper sur les épaules de la Bête, et ce fut tant bien que mal qu'il marmonna:

    - Gnégnunavern.

    - Hein ? 

    - C'est une taverne.

    - Hourra! crièrent à l'unisson Rudolph, Supernana et la Barbare. On entre, on entre  ?

    - Attendez, c'est peut-être un piège, risqua l'Elfe, plus pour faire chier qu'autre chose. Il n'aimait pas trop l'ambiance des tavernes, avec tous ces gens bourrés, sales et puants. Et affreusement impolis.

    - On a soif, on a soif! pleurnichèrent les trois autres.

    - T'as le droit de boire de l'alcool, toi ? demanda l'Ensorceleuse à Supernana, qui sautillait d'impatience.

    - Rien à'f, répliqua celle-ci en jetant un regard appuyé à son frère.

    Superman lui rendit son regard en agitant un index menaçant, l'air de vouloir dire: taratata, pas de ça chez moi.

    La Barbare tenta de pousser la porte, mais Petit la retint (c'est à dire qu'il se suspendit à son bras):

    - L'Elfe a peut-être raison!

    - L'alcool n'attend pas.

    - Mais si c'était un piège ? S'il y avait un mécanisme caché dans la poignée, par exemple ? Et si une arbalète était pointée sur ta tête, quelque-part là-haut ? ajouta-t-il en désignant le plafond obscur de sa main.

    La Barbare le regarda comme s'il venait d'affirmer que les stylos billes aimaient danser la salsa les soirs de pleine lune, et secoua la tête, effarée.

    - Un piège, ben voyons. C'est un truc de tapettes, ça encore.

    - Mais non! cria Petit, mais trop tard. 

    Une massue sortit brusquement du néant et se balança à une vitesse effrayant, avant de percuter la Barbare dans le dos. Celle-ci effectua un vol plané spectaculaire et alla embrasser le mur d'en face, avec un 'SBOUF' peu ragoûtant.

    Ils restèrent tous abassourdis, après tout il était rare qu'un lilliputien fasse preuve d'intelligence. Enfin, la Bête se précipita auprès de son amie, tandis que Rudolph le nain s'écriait, vraiment choqué:

    - Nom d'un asticot Mineraisin! C'est que le lilliputien avait raison!

    A l'autre bout du couloir, la Barbare poussait de faibles grognements de douleur, alors que Bobo lui tâtait les côtes avec une délicatesse surprenant.

    - Grrmm ?

    - Nan, plus bas.

    - Grrmm ?

    - Ouais, c'est là.

    Le reste du groupe les rejoignirent, et Supernana crut bon de remuer le couteau dans la plaie.

    - Là t'as eu du bol, t'es retombée sur le mur, c'aurait pu être pire.

    - Ah ouais ? répliqua la blessée, l'honneur sacrément amoché.

    - Bah ouais. T'aurais pu retomber sur l'Elfe.

    Petit précisa que d'ordinaire, un seul piège suffisait généralement à décourager les visiteurs, il supposait donc qu'aller ouvrir la porte ne représentait plus aucun danger.

    De toute manière, ils n'avaient nulle part où aller maintenant, alors...

    Rudolph fut donc chargé d'aller ouvrir, mais il refusa d'y aller sans revêtir l'armure de la Barbare. Bien trop grande pour lui, la côte de maille lui arrivait aux chevilles, et le plastron d'argent recouvrait ses genoux. Seul le casque était à la bonne taille.

    Armé de sa grosse hâche, il toqua à la porte, avant de faire un bond en arrière. Il n'avait pas tout à fait confiance en ce lilliputien, il vallait mieux se montrer prudent. C'était peut-être une ruse pour l'éliminer. 

    Mais il ne se passa rien, et une charmante jeune femme, habillée en alsacienne, vint lui ouvrir. Elle portait une mini-robe très mini, bordée de tissus rouge et noir, et un genre de chapeau que les grands mères mettent quand il pleut. Ses cheveux étaient rassemblés en une longue tresse qui tombait jusqu'au creux de ses reins.

    - Bien le bonjour, aventuriers, explorateurs, ou huissiers de justice! Bienvenue à la Taverne du Chat Fouetté, la seule taverne du Dojo de Trébonnebeuh. Nous servons de succulentes bierres, blondes, brunes, rousses ou asiatiques, et notre spécialité est l'autruche au whisky. 

    Elle avait parlé d'une traite, en dardant sa poitrine généreuse devant elle. 

    Rudolph, qui était pile à la bonne hauteur, ne pouvait quitter les deux monstres qui s'offraient si généreusement devant lui. Ses joues s'empourprèrent et il béguaya:

    - Heu...je heu...

    L'Elfe, qui était immunisé contre les charmes féminins, vint à sa rescousse:

    - Merci. Nous avons une amie blessée, pourriez-vous nous indiquer un médecin ?

    - Il y en a un quelque-part dans les étages inférieurs, nous allons le faire appeler. En attendant, pourquoi ne vous reposez-vous pas à une table, devant un plat de sanglier ? Comme vous m'êtes sympathiques, c'est bierre gratuite et à volonté.

    - Quelle charmante petite, ronronna Rudolph en lui tapotant le derrière tendrement.

    Après que la serveuse eut crié au viol, ils prirent place autour d'une table. Un gigot d'autruche au wisky arriva bientôt devant eux, et ils s'empressèrent de dévorer, l'appétit même pas coupé par les gémissements de la Barbare. Celle-ci étaient étendue sur un genre de sofa couvert de taches, de graisse et de traces de doigt. Il y avait même un peu de vomi sur l'accoudoir droit.

    Le médecin arriva bientôt: c'était un vieil homme aux sourcils si épais qu'ils tombaient sur ses yeux. 

    - Humpf! grogna-t-il en sentant la puanteur de la taverne. Ca ne s'est pas arrangé, ici, à ce que je sens.

    Il commença à ausculter la Barbare grimaçante, et Petit demanda à l'Elfe, en chuchotant:

    - Comment se fait-il qu'il y ait tant de monde dans cette taverne alors que le Dojo est sensé ne jamais avoir été foulé ?

    L'intéressé écarta les bras en signe d'impuissance, et Supernana jura:

    - Les enfoirés! Tu parles d'une mission hyper puissante, ils se sont bien foutus de notre gueule.

     

    Plus tard.

    Après avoir dévoré l'autruche arrosée au whisky, l'équipée provoqua un joyeux bordel dans la taverne. 

    Le nain, après avoir tenté de violer la serveuse et bu plus de bierre que tout le monde réuni, insulta un Barbare qui dînait à la table voisine. L'inconnu, en se levant, fit tomber la chaise du lilliputien, et celui-ci se fit marcher dessus par la Bête qui s'était dressée pour protéger son amie Bibi d'un éventuel danger. Le poids de Bobo, appuyé fortement sur l'estomac du lilliputien, provoqua une régurgitation soudaine, et le vomi salit la botte d'un ami du Barbare. Les deux inconnus commencèrent à étrangler Petit, Superman se leva pour lui venir en aide, bondit par-dessus la table comme pour prendre son envol, et finit par se munir d'une chaise et de frapper le crâne du Barbare à coups redoublés, faute de mieux.

    L'Elfe, lui, aidait à rassembler maladroitement les livres de sorts que l'Ensorceleuse avait fait tomber en se dressant en sursaut, pour éviter le vomi du lilliputien. L'Elfe se fit marcher sur la main, hurla à la mort, ce qui réveilla la Barbare du sommeil dans lequel elle était plongé, ce qui, l'ayant plongée dans une colère noire, lui donna l'envie d'ordonner à la Bête de punir l'Elfe. Malheureusement, le bourreau se trompa de cible, et commença à assommer un parfait inconnu, qui se trouva être un ami du Barbare énervé. 

    Gogotte, quand à elle, se contentait de sauter au cou de tous les représentants de la race masculine ici présents. 

    La moitié des personnes présentes désiraient donc tuer le nain, le lilliputien, la Bête et Superman. Gogotte... on savait pas trop, on voulait surtout la jeter par la fênetre *Quelle fenêtre ? Ils sont sous terre!* Supernana se chargea de motiver l'autre moitié en prenant des photos souvenirs, mais sans demander la permission aux gens, ce qui les agaça plutôt fortement. 

    "Droit à l'image! Droit à l'image!" gueulaient-ils en avançant vers la jeune fille pour la tuer, et la déshabiller s'ils sentaient des choses chaudes, rondes et agréables sous leurs mains durant la démêlée. 

    La garde impériale du Dojo *Avouez que c'est idiot d'avoir une garde impériale, et juste pour un Dojo. Non ?* fut alors appellée en renfort, pour chasser ces fauteurs de troubles hors de la taverne. L'équipée jugea plus prudent de filer dans la minute, et ils déguerpirent donc en assommant quelques innocents sur leur passage, au cas où. 

    Tout le monde était très content de fuir, même la Barbare, qui ne se sentait pas trop d'attaque avec ses côtés fêlées. Tout le monde sauf Rudolphe le nain, qui semblait en vouloir à la terre entière et donnait des coups de hâche dans le vide -ou pas-, tout en se frayant un chemin à contrecoeur, tiré en arrière par Bobo.

    Nos amis détalèrent comme des lapins pendant quinze bonnes minutes, empruntant des dédales de couloirs, montant, descendant des escaliers sans y prêter attention, tout occupés à la tache dans lequelle ils s'étaient soudainement investis avec motivation:  sauver leur peau. 

    Enfin, l'Elfe s'arrêta au beau millieu du couloir, si bien que Petit lui rentra dedans:

    - STOP! cria l'Elfe. 

    Les autres ronchonnèrent, mais il poursuivit:

    - Je crois qu'on les a semés.

    Ils tendirent l'oreille, guettant le moindre bruit, le moindre souffle. 

    - J'entends une respiration! s'écria Petit. Il ajouta: Mon Dieu...on dirait le souffle du démon! Quel souffle rauque, et si menaçant! Le souffle d'un accro à la cigarette! Le souffle de Mireille Matthieu! Le souffle du MAL ABSOLU!

    - C'est la mienne, crétin! grogna Rudolphe.

    - Oh, pardon.

    L'Elfe se passa la main sur le visage, et fit signe à Superman de prendre le relai. Il n'était vraissemblablement pas fait pour être chef. Il avait trop rapidement mal à la tête.

    Ils décidèrent de monter le camp, burent un coup et sortirent les couvertures. Ce fut au moment de s'installer que l'Ensorceleuse s'écria, affolée:

    - OMONDIEU!

    Les autres ne réagirent pas. Elle avait probablement perdu son peigne à cheveux, et voilà tout. Pire qu'une Elfe, celle-là!

    - OMONDIEU! répéta la jeune fille comme personne ne répondait.

    - Quoi ? couina Petit, un peu agaçé malgré lui. C'est qu'il était fatigué, il aurait bien aimé dormir, maintenant.

    - On a perdu la petite fille!

    - Mais non, le lilliputien est là! railla le nain.

    - Ta gueule! fit Petit, mais pas avec suffisamment de persuasion.

    - Mais non, l'autre! poursuivit Ange distraitement. La petite fille aux cheveux noirs! La soeur de Superman! (Elle se tourna vers lui:) Elle n'est pas avec nous! Elle a disparu! On a perdu ta petite soeur!

    - Ah, bon, fit le chef du groupe, peu concerné.

    - C'est tout l'effet que ça te fait, c'est ta soeur quand même!

    Le super-héros se contenta de hausser les épaules d'un air désabusé.

    - Il faut partir à sa recherche! Vite!

    Dans sa fougue, elle s'était levée, et contemplait...contemplait ses compagnons, toujours soigneusement emmitoufflés dans leurs couvertures.

    - Et bien quoi ? Vous venez ou pas ?

    - Nan!

    - Non!

    - Grrmmmbbllloiii!

    - Il fait froid!

    - Ouais, on se gèle les miches! renchérit un autre.

    - On reste sous la couette!

    Devant tant de lâcheté, Ange sentit monter en elle une panique mêlée à une colère justifiée. Finalement, la colère l'emporta, et elle décida d'utiliser sa tête *pour une fois*. Elle se grandit, leva les bras au plafond (ce qui était peut-être un peu trop théâtral) et déclara:

    - Si vous n'êtes pas levés dans cinq secondes, je déclenche le Cataclysme de Helm! 

    - Rien à foutre!

    - Tu sais même pas faire de la magie!

    - Ouais, hé, patate!

    - Vous l'aurez voulu! poursuivit l'Ensorceleuse. Elle entreprit alors de prononcer une incantation, d'une voix guturale, et parfaitement effrayante:

    -  Araminta, mâhala...araminta, mordrigora...araminta vâlari...araminta mortera...araminta cataclysta...cataclysta une fois...cataclysta deux fois...cataclysta trois fois...abracadabra!

    Elle s'apprêtait à joindre ses mains sur son bâton pour lancer le sortilège, lorsque tous ses compagnons se levèrent d'un seul homme, non sans grogner, mais l'air inquiet tout de même.

    - Tout de même! se contenta-t-elle de déclarer. Un peu plus, et vous finissiez en chair à pâtée pour Gargouze.

    - Oh, ça va! ronchônna Superman. Bon, on va la chercher, ma soeur ?

     

    *Bon, si j'ai bien compris, c'est le moment où je suis censé fermer ma grande gueu...bouche, et annoncer la fin de l'épisode la bouche en coeur et des étoiles pleins les yeux, c'est ça ? Bon. Mon Dieu, j'espère que mon pote Gérard n'écoute pas la radio...bon...je me lance. Et bien, je suis navré de vous l'annoncer, chers auditeurs-adorés-qui-faites-monter-le-taux- d'audience-et-permettez-à-la-machine-à-café-de-baisser-ses-prix, mais nous sommes arrivés à la fin de l'épisode quatre! Eh oui, à moi aussi, cela m'a fait un effet étrange, c'est fou comme le temps passe vite lorsque l'on s'amuse, pas vrai ? Eh bien je vous dit à demain, pour de nouvelles aventures! En exclusivité, vous découvrirez comment va faire Supernana pour survivre sans la présence sécurisante de son frère, comment nos amis vont faire pour parvenir à retrouver Supernana, et si l'Ensorceleuse va enfin réussir à se taper Superman. Heu pardon, se taper un bon steak tartare. Ne manquez surtout pas l'épisode cinq! Je vous fait pleins de bisous partout, partout! A demaiiinnnn! <3 ....satisfaite, Michelle ? Vous voulez bien dîner avec moi, maintenant ?*

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