• Description dans une prison


    Mercredi 28 Mars 2012 à 18:55
    Théodora

    La flamme vacillante de la bougie agonisante éclairait un visage couvert de crasse sous laquelle on devinait une peau rougie par le froid. Les traits tirés du jeune homme, son petit nez déviant vers la droite et pleurant quelques orphelines gouttes de sang, ses lèvres bleuies par l'air glacial et prêtes à éclater, toutes ces horreurs que l'on croise dans la rue parfois sans s'en rendre compte peignaient une face grotesque, ni harmonieuse ni attirante. Un oeil était clos, cerné d'un khôl suspect, et l'autre bleu horizon regardait sans le voir le sol boueux de la geôle. Des mèches grasses cachaient une partie de ses sourcils, sortant de son épaisse tignasse jaune sale et hirsute. Une grande estafilade lui barrait le front, dessinant un sourire inexistant aux lèvres rouges et humides. Une de ses mains se tenait au mur, pour ne pas tomber sur le sol rèche et cruel, et l'autre cherchait fébrilement le contact d'une des précieuses pilules tombées sur le mince drap du lit. La morphine avait enlevé à son regard toute vie, toute humanité, l'appelant encore et encore pour qu'il s'abandonne à son vicieux apaisement, pour ne plus sentir les doigts de l'air sur la chair à vif de son bras nu, ni la douleur lançante de sa tête, ni le perpétuel coup de massue qu'il croyait ressentir là où se trouvait avant sa rate. Sa clavicule saillante ressortit un peu plus quand ses doigts se refermèrent sur la pilule tant convoitée, et il s'empressa de l'avaler à sec. Son corps fut parcouru d'un tremblement nerveux, et il se laissa tomber par terre sur ses genoux écorchés couverts d'un grossier pantalon de toile déchirée. Sa respiration rauque se fit plus pressante, et sa pupille se dilata. Au bout d'un instant, arriva le visiteur tant attendu, désiré : le délice de la morphine qui se répendait dans ses veines. Il lâcha un soupire bref et involontaire, et rampa jusqu'à sa couchette. Là, il entreprit de faire monter son maigre corps mutilé et ferma les yeux.

    Un drogué. Une saleté de drogué. Un drogué désespéré, sans personne qui puisse servir de moyen de pression sur lui, un drogué privé de petite amie et de petit frère, un drogué orphelin à qui on a tout retiré. Un drogué. Le dernier des dragonniers.




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